EXPULSION
Souffle et crache toi tu craches dis bouche ouverte crache toi je dis,
j’ai soif !
Ils bouffaient. Et ils bouffaient. S’empiffraient à s’en étouffer ce
jour-là. Presque à vomir.
Fourrageaient et reniflaient la nourriture. Avalaient tout !
La graisse coulait et les mains luisaient. Ils tachaient leurs chemises
et ma mère trônait, essuyait ses doigts dans sa robe et riait la bouche
pleine, les joues gonflées.
Mon obèse demeure se remplissait tant et tant que je n’eus bientôt plus
assez de place pour caler mes plaisirs en elle. Je m’escrimais à
écarter le poids des entrailles maternelles qui lovaient leurs parois,
et mon corps pressuré tenait. Bonbon tendre en son ventre sucé, je
fondais, trachée garrottée, et j’ahanais sous la pression tandis que me
gavait sans répit sa masse aux anneaux resserrés, et mon sucre suait en
elle. Sa peau
brillait et son ventre gros tapait contre le rebord de la table à
chaque déglutition et, j’étais si bien placée, si près du bord de ma
mère pour sortir, que je sortis.
Là.
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Viande parmi les viandes.
Rôties et faisandées.
Gorgée de sang et truffée de bonne graisse, digne héritière de ma mère
ogresse, je naissais.
Mon extraordinaire génitrice ne fit aucun effort. J’évacuais l’antre
qui s’empiffrait ?
Sans un bruit ?
Et ma bouche démesurée gobait l’air glacial, je ne criais pas.
Elle me saisit sous elle, me souleva au-dessus des agapes et remarqua
le sexe qui m’était dévolu
« Encore une pisseuse ! »
et trancha d’un coup sec le lacet sanglant qui m’emplissait d’elle et
me reliait encore à son énormité.
Ma bouchère me dégrafa de son corps.
Ce fut brutal, et définitif.
J’y perdis tout attachement pour celle qui m’avait contenue de si large
manière, ainsi que toute autre forme d’inclination pour mes semblables.
Ainsi que je venais,
bouche remplie à peine dehors,
assise sur les genoux du père, car, la mère,
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