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– Apparaissons, d’accord, plus nettement, il le faut, plus nettement
encore que cela, cela c’est le minimum, cela c’est à peine une
apparition, c’est fortement fantomatique, c’est presque rien. Cela,
c’est encore en-dessous du nécessaire. Cela c’est à peine une tache. Un
grain de sel sur la rétine, oublié le temps de le dire. C’est presque
rien.
– Précisons les contours, d’abord, organisons l’aspect d’ensemble,
l’aspect vu d’avion, l’aspect vu de loin qui tout de même doit être
frappant. Les traits nets. Les traits précis. Et le squelette
irréprochable. Le geste unique et renversant, et jamais hésitant le
geste qui avance. Précisons où aller et comment se mouvoir. Précisons
ce qu’il faut pour apparaître en forme, pour apparaître en force, pour
qu’il n’y ait pas de doute car cela nous tuerait. Le moindre doute et
cela flanche, le moindre doute et l’épiphanie tombe.
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– Apparaissons,
allez, avec plus d’évidence encore que cela, nous sommes encore très
nettement en deçà de l’évidence, nous sommes très nettement en deçà de
tout. Nous ne sommes que l’esquisse de ce que nous voulions, et pas
encore plus, et pas encore tout. Nous sommes encore pâles, incertains,
silencieux, et ne faisons pas assez masse. Nous sommes encore épars et
flous. Allez. Epaississons ce que nous sommes. Forçons le trait, s’il
le faut. Et forçons le passage. Occupons-nous de gonflement. Comblons
les vides. Prenons de la hauteur aussi. Prenons toute l’ampleur qu’il
faut. Adoptons l’épaisseur de la surprise inévitable.
– Apparaissons en ordre et faisons convergence. Que les espaces se
resserrent jusqu’à ne plus savoir de qui est cette main qui maintenant
se lève, et de qui cette tête qui dépasse des autres, et de qui cette
voix, et de qui ce sourire sur lequel on s’arrête. Que la chair
prolonge la chair et que les doigts se nouent entre eux. Que les sueurs
s’écoulent dans les canaux des mêmes pluies. Que les cœurs battent les
mêmes chamades. Formons une matière dense et limpide en mouvement.
Fabriquons un courant. Engorgeons les chemins. Soyons l’écume qui
s’accroche au rivage et qui étend les territoires. Soyons toute
circulation et qu’on nous suive si l’on veut, et si l’on veut, qu’on
nous rejoigne.
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