I - MARY BURNS

Mary porte un manteau rouge à capuche, des chaussettes juste au-dessous du genou , des couettes et un bonnet à pompon. Elle va et vient, tête baissée, scrutant le sol, esquivant des obstacles invisibles et s’accroupissant parfois pour ramasser quelque chose, comme si elle se baladait dans une décharge, un terrain vague ou une maison abandonnée – et cherchait des trésors parmi les débris.

MARY :
J’ai dix ans.
Je m’appelle Mary et j’ai dix ans.
Mary c’est le nom qu’on donne quand on ne sait pas quel nom donner,
On n’y pense pas il vient.
Dans ma classe on est quatre à s’appeler Mary.
Il vient comme moi je suis venue.
Je sais pas qui a l’a trouvé.
Il devait traîner par là,
Quelqu’un l’a ramassé
comme un mégot où qu’il reste une bouffée à tirer,
De toute façon on ne m’appelle jamais Mary
Sauf à l’école quand…
« Eh Mary Burns !
« Mary Burns ! Montre un peu tes mains ! »
« Sous les ongles…
Il reste du noir sous les ongles ! »

Mary baisse les yeux sur ses mains, les tourne du côté des paumes, examine ses doigts.

Big blue eyes


May – c’est comme ça qu’on m’appelle.
May parce que je suis née en Mai,
May ! May Burns !
Ça sonne bien à la gosse ça lui va comme un gant Dit oncle Bill - le mari de maman
May ! May Burns !
Plus facile à crier par la fenêtre à l’heure de manger, dit Oncle Bill.
Quoique dans cette maison on mange pas qu’il dit, On grappille c’est chacun pour soi
C’est comme ça que ma m’man m’appelle quand elle est en colère,
May ! May Burns !
Ça me rattrape partout
Même quand je joue dans les maisons
Les maisons abandonnées
Où qu’on n’a pas le droit de jouer
Ou sur le terrain vague,
Ou dans les entrepôts
Le long de la voie ferrée
May ! May Burns !
… quand elle est en colère
Et elle est en colère parce que c’est pas le bon jour ou parce que la colère était là quand elle a ouvert l’oeil –








accueil

catalogue

nouveautés

actualités

les auteurs

commandes

contact

liens